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L’une des plus grandes joies du sténopé est la possibilité de fabriquer soi-même son appareil. C’est une expérience enrichissante et accessible à tous, que nous encourageons activement chez STENOGRAM.
Les Matériaux Essentiels
Pour construire votre propre sténopé, vous aurez besoin de matériaux simples et abordables, souvent déjà présents chez vous ou facilement trouvables :
• Un contenant hermétique à la lumière : Une boîte à chaussures, une boîte de conserve, une boîte en carton, une valise, ou même un grand récipient peuvent faire l’affaire.
• De la peinture acrylique noire mate ou du papier cartonné noir : Pour recouvrir l’intérieur du contenant afin d’éviter les réflexions parasites.
• Du papier d’aluminium : Pour créer l’orifice minuscule qui laissera passer la lumière.
• Une aiguille à coudre ou une épingle : C’est l’outil magique pour percer le trou de votre sténopé. Le diamètre de l’aiguille est important, plus le numéro est élevé, plus l’aiguille est fine.
• Du ruban adhésif noir (isolant) : Indispensable pour assurer l’étanchéité de la boîte à la lumière et pour fabriquer l’obturateur.
• Du papier photographique photosensible : C’est le support sur lequel l’image se formera. Le papier noir et blanc est une excellente option pour débuter car il est moins cher et facile à développer.
Les Étapes de Fabrication (La Méthode STENOGRAM Inspirée)
Nous vous proposons une approche simplifiée, similaire à celle que nous enseignons dans nos kits STENOGRAM, pour réaliser un sténopé fonctionnel en un rien de temps :
1. Préparer la chambre noire : Choisissez votre contenant. Peignez soigneusement l’intérieur en noir mat ou recouvrez-le de papier noir. Assurez-vous que l’ensemble est parfaitement opaque pour éviter toute fuite de lumière indésirable.
2. Créer l’ouverture : Percez un petit trou (environ 1×1 cm pour une boîte en carton) au centre d’une des faces de votre boîte. Ce trou servira de fenêtre pour accueillir votre « sténopé ».
3. Fabriquer le trou du sténopé : Découpez un petit carré de papier d’aluminium, de la taille d’un timbre-poste. Placez-le entre plusieurs épaisseurs de papier (4 à 10 couches) et percez l’ensemble avec une aiguille à coudre. Cela permet de faire un trou très fin et régulier. Le plus petit et le plus rond sera le mieux pour la netteté, même si une légère imperfection contribue à son charme unique. Une fois percé, peignez ce morceau d’aluminium en noir.
4. Installer l’orifice : Collez le carré de papier d’aluminium avec le trou minuscule sur la face intérieure de la boîte, directement sur le trou plus grand que vous avez créé précédemment. Utilisez du ruban adhésif noir pour le fixer solidement et garantir l’opacité.
5. Assurer l’étanchéité : Appliquez du ruban adhésif noir sur toutes les jointures et les bords de votre boîte pour la rendre encore plus étanche à la lumière.
6. Créer l’obturateur : Placez un morceau de ruban adhésif noir à l’extérieur de la boîte, directement sur le trou du sténopé. Ce ruban agira comme un obturateur manuel, que vous pourrez soulever pour laisser entrer la lumière lors de la prise de vue et remettre en place pour l’arrêter.
7. Charger le papier photosensible (dans l’obscurité !) : Dans une pièce complètement sombre ou sous une lumière inactinique (une lumière rouge très faible qui n’affecte pas le papier photo), découpez un morceau de papier photographique aux bonnes dimensions. Collez-le ou fixez-le solidement sur la face intérieure de la boîte, juste en face du trou du sténopé. Le côté lustré ou émulsionné du papier doit faire face au trou. Une fois le papier en place, refermez soigneusement la boîte.
Prendre des photos et révéler la magie
Votre sténopé est maintenant prêt ! Pour prendre une photo, placez votre appareil sur une surface stable ou tenez-le fermement. Soulevez l’obturateur (le ruban adhésif) pour exposer le papier à la lumière, puis replacez-le une fois le temps d’exposition écoulé.
Le temps d’exposition est crucial et dépend de plusieurs facteurs : la luminosité de la scène, la taille du trou, la distance focale (la distance entre le trou et le papier photosensible), et la sensibilité du papier. Pour un sténopé Marie-Victorin, par exemple, le temps de pose peut être de 2 secondes en plein soleil et de 3 à 5 secondes par temps nuageux. Pour d’autres types de sténopés portatifs, les temps peuvent varier considérablement, allant de 15 secondes en plein soleil à 18 minutes par temps nuageux pour une longueur focale de 150 mm. Nous vous conseillons de noter vos temps de pose, les conditions d’éclairage et les distances pour affiner vos compétences. Pensez à l’effet Schwarzschild pour les poses longues, qui nécessite de compenser le temps d’exposition.
Le développement de votre image doit se faire dans l’obscurité totale ou sous lumière inactinique. Vous préparerez trois bains : un révélateur, un bain d’arrêt (une solution d’eau et de vinaigre blanc), et un fixateur. Chez STENOGRAM, nous vous guidons pour utiliser nos produits écologiques à base de café, de vitamine C et de sel marin pour un développement respectueux de l’environnement. Après le processus de développement et de rinçage, le papier doit être mis à sécher.
Vous obtiendrez alors un négatif. Pour obtenir une image positive, vous pouvez le scanner et inverser les tons numériquement, ou utiliser la méthode du calotype en plaçant un autre papier photosensible sur votre négatif séché et en l’exposant à la lumière.
Obtenir une image positive : scanner ou calotype
Comme mentionné, le résultat direct d’un sténopé est une image négative. Pour la transformer en positif, vous avez deux options principales :
• Numérisation et inversion : Vous pouvez scanner votre négatif développé et sec. Ensuite, à l’aide d’un logiciel d’édition d’image, inversez les couleurs pour obtenir une image positive. Il est parfois nécessaire d’ajuster les niveaux de noir pour améliorer le contraste. Notez que l’image positive numérisée devra être inversée géométriquement (haut/bas, gauche/droite) pour retrouver une vue normale.
• La méthode du Calotype : Cette technique consiste à utiliser un second morceau de papier photo vierge. Dans l’obscurité ou sous lumière inactinique, placez votre négatif développé et sec sur le nouveau papier photosensible. Exposez l’ensemble à une source lumineuse pendant une courte période (par exemple, environ une seconde sous une lumière de salle de bain), puis développez le second papier de la même manière que le premier. Cette méthode permet d’obtenir un positif sans avoir recours à un scanner ou à un ordinateur.
Quelle que soit la méthode choisie, la photographie au sténopé offre une approche très simple de la photo et du tirage, ne nécessitant ni objectif, ni obturateur, ni diaphragme, ni agrandisseur, ni ordinateur dans sa version la plus minimaliste.
Astuces pour réussir et explorer la magie du sténopé
Pour aller au-delà des premières expériences et maîtriser votre sténopé, voici des conseils et des possibilités créatives :
• Maîtriser le trou : La qualité de votre image dépend grandement de la précision et de la propreté du trou. Idéalement, il devrait être percé dans une fine feuille de papier aluminium, idéalement entre 4 à 10 épaisseurs de papier pour un trou plus rond et plus petit que le diamètre de l’aiguille. Une fois percé, le papier d’aluminium peut être peint en noir et collé à l’intérieur de la boîte devant le trou, en s’assurant qu’il est bien plat et que ses bords sont nets. La taille optimale du trou est cruciale : si le trou est trop grand, l’image sera floue ; si elle est trop petite, le phénomène de diffraction de la lumière interviendra, limitant la résolution. Il existe des formules mathématiques pour calculer le diamètre optimal, mais pour le plaisir de l’expérimentation, une aiguille à coudre (dont les diamètres varient selon le numéro) peut suffire.
• L’importance de l’opacité : Assurez-vous que votre boîte est parfaitement étanche à la lumière. Peindre l’intérieur en noir mat ou le recouvrir de papier noir est essentiel pour éviter les réflexions parasites et les fuites de lumière indésirables, qui peuvent « voiler » votre photo ou créer des bavures.
• Gestion de l’obturateur : Un simple morceau de ruban adhésif noir peut servir d’obturateur. Il doit couvrir entièrement le trou sur le papier d’aluminium et être retiré manuellement pour la prise de vue, puis remis en place pour terminer l’exposition. Si vous oubliez de le remettre, le papier photo continuera d’être exposé.
• Temps d’exposition : Le temps de pose est l’un des trois réglages principaux du sténopé, avec la distance et l’ouverture. Il varie considérablement selon la luminosité, la taille du trou, la longueur focale (distance entre le trou et le papier) et la sensibilité du papier photographique utilisé. Par exemple, pour un sténopé Marie-Victorin, 2 secondes suffisent en plein soleil, contre 3 à 5 secondes par temps nuageux. Pour d’autres types, cela peut aller de 15 secondes en plein soleil à 18 minutes par temps nuageux, selon la longueur focale.
◦ L’effet Schwarzschild : Pour les poses longues (au-delà de 1 seconde), le support sensible réagit moins rapidement, nécessitant un facteur de compensation. Il est souvent conseillé de doubler ou tripler le temps de pose mesuré par une cellule pour des temps de 2 à 30 secondes, et de quadrupler ou quintupler au-delà de 30 secondes.
◦ Estimer l’exposition : Sans système d’ouverture réglable, l’estimation de l’exposition est cruciale. Les scènes lumineuses nécessitent un temps de pose plus court, tandis que les scènes sombres nécessitent des temps plus longs.
• Profondeur de champ extrême : L’un des avantages distinctifs du sténopé est sa capacité à offrir une profondeur de champ presque infinie, rendant nette une grande partie de l’image, de quelques millimètres à l’infini. Il n’y a pas de mise au point à effectuer.
• Composition et cadrage : Puisque vous ne pouvez pas zoomer ou changer d’objectif, la composition est d’autant plus importante. Le cadrage est approximatif, souvent aidé par un viseur externe.
• Photographier le temps et le mouvement : Le sténopé excelle dans la capture du mouvement. Les objets en mouvement rapide peuvent devenir invisibles sur l’image si le temps de pose est suffisamment long, créant des effets oniriques ou des traces de mouvement. C’est un aspect essentiel de la « slow photography ».
• Variations et créativité : Les possibilités de fabrication de sténopés sont infinies. Vous pouvez transformer divers objets en « chambres noires » : boîtes de conserve, boîtes à chaussures, valises, coquillages, poubelles, ou même des véhicules comme des camionnettes. La profondeur de la boîte influence la longueur focale : une boîte peu profonde donnera un effet grand-angle, tandis qu’une boîte plus profonde produira un effet téléobjectif. Certains artistes expérimentent avec des sténopés à trous multiples pour fragmenter la réalité.
• L’esthétique du sténopé : Les images obtenues sont souvent caractérisées par un flou artistique, des contours doux et un vignettage (assombrissement des angles). Ce rendu unique est apprécié pour son esthétique distinctive, loin de la netteté des photographies numériques. Le sténopé est plus proche de la « perception » que de la « vision » du sujet.
• Prendre des notes : Comme le sténopé ne permet pas de prévisualiser l’image, noter les temps de pose, les distances et les conditions d’éclairage peut grandement vous aider à affiner vos compétences pour les prises de vue futures.
• Développement éco-responsable : Des marques comme Stenogram proposent des kits utilisant des produits de développement écologiques à base de café (acide caféique), vitamine C (acide ascorbique) et sel marin (chlorure de sodium), pour minimiser l’impact environnemental. Cela donne aux photos une teinte particulière.
• Le sténopé comme outil éducatif : La fabrication et l’utilisation d’un sténopé sont une activité éducative et familiale, permettant d’aborder de manière ludique des thèmes historiques, scientifiques et artistiques liés aux origines de la photographie.
La pratique du sténopé est une expérience artistique et expérimentale qui vous reconnecte aux fondements de la photographie. N’hésitez pas à laisser libre cours à votre créativité et à expérimenter avec cet outil simple mais puissant pour créer des images captivantes et uniques.